lundi 21 septembre 2009
Tout vient à point à qui...
Données : -un ancêtre direct, à la huitième génération, dont la date et le lieu du décès m'échappent méchamment depuis vingt ans, chose d'autant plus enrageante qu'il s'agit de ma branche paternelle et de mon patronyme.
-une autre ancêtre directe, bien plus proche (6ème génération), morte entre 1911 et 1921 selon les prospections d'une âme amie, mais qui demeure introuvable.
-quelques autres personnes peu éloignées également, tout au moins dans le temps, mais dont la vie déborde trop sur le XXe siècle et cependant pas assez pour que leurs descendants encore vivants puissent m'apprendre quoi que ce soit.
Le tout en Indre-et-Loire, département proche s'il en est, mais aux Archives inaccessibles d'une part pour causes d'horaires incompatibles avec ceux de mon travail et d'autre part pour causes de ressources insuffisamment étendues sur le XXe siècle.
Aujourd'hui, une personne passant me demander où en est la Touraine avec sa numérisation, je jette à tout hasard un coup d'oeil sur le site des Archives Départementales du 37 et que vois-je ? Mise en ligne du 18 septembre des tables décennales, de l'enregistrement des successions et absences et du répertoire alphabétique du recrutement militaire. Dans le genre récent, difficile de faire mieux.
Je plonge illico dans les tables décennales des communes prospectées, en pure perte. Rien, rien, rien. Alors, je me tourne vers l'enregistrement, ciblant à vue de nez le secteur où ces ancêtres problématiques ont dû achever leur paisible existence, à savoir Château-Renault pour l'un, Amboise pour l'autre et Vouvray pour les derniers.
Et là, ô miracle inestimable, je trouve... TOUT. Oui, Steph, tout. Tu ne risquais pas de la trouver, la Marie Madeleine TESSIER, vu que, pour des raisons qui m'échappent, elle a rendu son dernier soupir à Amboise et pas du tout là où elle était censée habiter. Quant au premier, il était à bien peu de kilomètres de l'endroit où je l'avais perdu... mais je ne risquais pas non plus de mettre la main dessus vu qu'il a été purement et simplement OUBLIÉ dans les tables décennales. Enfin, les derniers étaient exactement là où ils étaient censés être, mais à une période trop "récente" en regard de l'ancienne loi sur les archives. En à peine une heure, j'ai ainsi pu combler quatre à cinq lacunes qui, depuis longtemps, me faisaient l'effet d'une épine particulièrement douloureuse dans le pied.
Finalement, si les registres paroissiaux et l'état civil avaient été en ligne, je me serais jetée dessus sans me préoccuper du reste et je serais passée à côté de tout cela. Ce que je me suis mis sous la dent à défaut d'autre chose s'est en définitive avéré très satisfaisant. Pour la Touraine, le meilleur reste à venir... ^^
samedi 20 juin 2009
Les surprises du passé
Comme je l'ai déjà dit, je suis une mordue des vieilleries, vieux papiers, histoire (surtout locale), recherches familiales... D'ailleurs, comme si je n'en avais pas assez pour ce qui me concerne, je me mets depuis plusieurs années à faire les recherches des autres (enfin, les gens que j'aime bien, parce que sinon...). Les familles recèlent ainsi souvent des surprises inattendues (je ne parle pas des "secrets de famille", ça, c'est autre chsoe). Car si l'on sait à peu près comment se profile le panorama familial, ses assises, ses activités, ses aléas, sur les quatre dernières générations, il est bien impossible de seulement subodorer ce qu'il en était il y a 150 ou 200 ans, voire encore plus loin dans le temps. C'est ainsi qu'à la base, je savais les miens issus du Loir-et-Cher, d'Indre-et-Loire et de la Sarthe, et qu'au final, je me retrouve avec des gens issus d'une bonne quinzaine de départements. Encore suis-je fort marrie de n'avoir aucune ascendance étrangère, j'aurais adoré fouiner dans les archives d'un pays germanique, par exemple. On se fait volontiers du passé l'image d'un peuple pétrifié par l'absence de moyens de transport "rapides" tels que nous les connaissons. Ce qui est complètement faux. Les gens marchaient, bien plus que nous, et vingt kilomètres n'effrayaient personne. Certains entreprenaient des pélerinages très loin, Saint-Jacques-de-Compostelle par exemple, à pied toujours. Cela leur prenait un an ou deux, mais ils le faisaient. La relation au temps était différente, fondée sur le long terme et une certaine monotonie, pas sur l'immédiateté. Je me retrouve ainsi avec des scieurs de long venus du Forez, des terrassiers de l'Allier et de la Haute-Loire, des notables du Puy-de-Dôme, un autre terrassier venu du Gers... et bien d'autres encore issus de divers départements comme l'Orne, l'Eure, la Marne, le Maine-et-Loire, tous les départements de la région Centre (le Cher excepté) et... Paris.
Oui, Paris, par trois fois. Un pauvre enfant de l'Assistance Publique, pour commencer, dont le patronyme tellement courant m'ôte tout espoir de retrouver quoi que ce soit sur ses origines. Puis un soldat, dont la fille, probablement dans la domesticité d'une grande dame, s'est alliée avec une famille du Val de Cisse. Tout ceux-là, comme 99 % des Parisiens, sont très certainement de purs produits d'importation.
Tel n'est pas le cas de la troisième famille dénichée par le plus grand des hasards. J'ai à mon actif de nombreuses familles beauceronnes, certaines constituées de laboureurs plutôt fortunés. Pour exemple, un "cousin" (de très loin) a un jour mis la main sur la succession d'un ancêtre commun et le montant des biens qu'il laissait à ses descendants. Alors que pour les autres familles, cela s'échelonnait entre 50 et 500 livres tournois, exceptionnellement 1000 dans de rares cas, pour lui, le montant total atteignait... 32 000 livres ! D'où le commentaire désabusé qui s'ensuivit : "il ne nous en a pas laissé grand-chose..."
C'est en explorant ces familles que par hasard je suis tombée sur un patronyme insolite, RANVAIL, et une lignée d'ancêtres appartenant à la noblesse de robe (ce qui signifie qu'ils ont acheté leur charge), conseillers au Parlement de Paris et au Châtelet. Apparemment proches de la famille DE FORTIA assez connue ici (le premier de mes RANVAIL en étant le secrétaire particulier), ils avaient acheté un fief à proximité du bourg de Selommes et se sont ensuite fondus à la population locale. Je dois avouer qu'à moi toute seule, je n'aurais jamais avancé beaucoup plus. Les archives parisiennes sont un véritable serpent de mer et d'autant plus complexes que quasiment tous les registres paroissiaux et d'état civil ont brûlé pendant les incendies de la Commune en 1871 : 8 millions d'actes partis en fumée. Les reconstitutions ne représentent qu'un quart de ce qui a disparu. Je dois à la ténacité d'un ami et de la vice-présidente de mon Cercle d'avoir pu retrouver des éléments tangibles.
Mes RANVAIL habitaient le Ve arrondissement, rue Neuve-Saint-Médard (où il ne reste strictement rien d'ancien). Le peu que j'ai appris les concernant est qu'ils n'étaient pas parisiens et sortaient de Rioms dans le Puy-de-Dôme. En revanche, la femme du plus ancien, une certaine Barbe POIREAU, est, elle, issu d'une vieille famille du quartier St Michel, tous "bourgeois de Paris" et artisans (des maîtres vitriers, pour le moment). Grâce aux collections des Archives Nationales en ligne sur Gallica, j'ai pu retrouver ces derniers jours pas mal de nouvelles choses qui m'emmènent dans le dernier quart du XVIe siècle. J'ai également des éléments plus anciens que, pour le moment, je n'arrive pas à relie mais qui, selon toute vraisemblance, sont apparentés (architectes maçons, maître teinturier, maître chandelier de suif, etc.), notamment un Jean POIREAU qui, vers 1475, travaillait aux fortifications de la ville de Paris. Et, cerise sur le gâteau, j'ai mis la main sur la généalogie de la femme de l'un de ses descendants, une famille PETIT, qui apparaît dès 1415 à St Germain des Prés et vient s'installer dans le susdit quartier St Michel où ils occupent les rues qu'on retrouve dans les actes un siècle et demi plus tard : rue St Jacques, rue des Mathurins, rue de la Harpe, rue de la Barillerie et pont St Michel...
Ce qui me change radicalement de la longue cohorte de mes ancêtres paysans... Ainsi suis-je finalement plus parisienne que bien des Parisiens eux-mêmes...
jeudi 23 avril 2009
Une vieille connaissance

Je l'avais déjà rencontrée, il y a une dizaine d'années, à l'horizontale sous une vitrine du Musée de l'Homme à Paris. Lucy a fait le voyage jusqu'à Blois pour nous être présentée, toujours sous une vitrine, mais à la verticale, cette fois. Si vous passez dans la région, n'hésitez pas à vous rendre au Musée des Jacobins où l'expo temporaire "La Ruée vers l'Homme" se tient jusqu'au 17 mai prochain. C'est très bien fait et adapté également aux plus jeunes visiteurs (ma cousine de 10 ans a adoré !).
(Photo : Noémie)
samedi 21 mars 2009
MOI

Crises
Le monde a traversé bien des crises par le passé. Des crises très graves dont le bilan se mesurait en pertes humaines effroyables.
Le XIVe siècle, par exemple. Dès le début de cette période désastreuse, un changement climatique provoque une série d'années humides qui, réduisant les récoltes au quasi rien, déclenche des famines apocalyptiques et, consécutivement, des épidémies meurtrières. L'économie s'en ressent durement. Ajoutons à cela que les trois Capétiens directs disparaissent sans laisser de postérité masculine et que l'accession au trône des Valois sous le prétexte d'une prétendue loi salique héritée des temps mérovingiens provoque la rupture avec l'Angleterre et la fameuse guerre de Cent Ans, en réalité une longue période de guerre larvée qui dure jusque dans la seconde moitié du XVe siècle. Cette période trouble provoque l'effondrement du cours des matières premières et des bouleversements sociaux importants. Et comme si cela ne suffisait pas, en 1348, débarque la Grande Peste Noire qui décime 25 millions de personnes (125 millions en Chine) et qui revient ensuite sporadiquement saigner la population jusque vers 1730. Sur le plan démographique, les gens mettront trois siècles à récupérer de ce fléau et, sur le plan psychologique, la conscience collective en restera marquée à jamais, jusqu'à nos jours. Comment s'étonner, dans ces conditions, que les XIVe et XVe siècles soient le théâtre de multiples jacqueries et soulèvements dans les régions les plus pauvres du beau royaume de France ?
Le XVIIe siècle, en particulier le règne de Loulou le Quatorzième, ne fut guère meilleur. Passons sur les épidémies dont le roi n'est certes pas responsables. Vers le fin des années 1640, aux épidémies s'ajouta la Fronde. Des "gens de guerre" sillonnent les campagnes, brutalisent les paysans, les tuent parfois. Une fois atteinte sa majorité, le jeune roi, revanchard, proclamera que "l'état c'est moi !", se passera de premier ministre et développera le système de la Cour et de l'Étiquette afin de tenir à l'œil la grande noblesse et de la distraire de l'idée de lui chercher querelle. Et si cela n'y suffit pas, il l'expédie à la guerre répandre son sang pour sa plus grande gloire. Au point que, rapidement, il devra développer le système de la "noblesse de robe" afin de pouvoir renflouer ses caisses et ses armées. Quant aux paysans, il n'a certes pas le pouvoir de leur assurer de bonnes récoltes alors il fait mater les quelques insurrections qui éclatent à la suite des crises dites "frumentaires". Celle de 1662 / 1663, tout d'abord, terrible. Et surtout celle de 1693 / 1694, engendrée par une succession d'années "pourries", qui vit périr un Français sur sept sur une population totale de 21 millions d'habitants, soit l'équivalent de la guerre de 14 / 18, mais en deux ans seulement. Dans les vieux registres, ce plongeon démographique est visible comme le nez en plein milieu de la figure : l'année 1694 se singularise par une augmentation hallucinante des inhumations que même un néophyte ne peut faire autrement que de remarquer.
Enfin, la grogne de la fin des années 1780 est aggravée par l'hiver 1788, terriblement froid, et la disette qui s'ensuivit. Nul doute que si les cours du blé et le prix du pain n'avait pas flambé, la Révolution n'aurait pas été ce qu'elle a été.
Actuellement, nous sommes en crise. On nous le rabâche tellement d'ailleurs que, même si on refuse de se laisser aller au pessimisme ambiant, l'idée, relayée par le matraquage médiatique systématique, finit par s'incruster durablement dans nos esprits. Les prix ont augmenté, certes : le lait, le pain, les produits de base. Pas de famine à l'horizon, néanmoins, ni de disette. Des gens, dans la rue, oui, certes. Nos chers médias n'oublient pas de nous signaler les SDF morts de froid durant l'hiver... tout en oubliant de mentionner ceux, bien plus nombreux, qui meurent aussi dans la rue tout le reste de l'année dans l'indifférence générale.
On nous parle de "pouvoir d'achat" à longueur de journée. Mais de "pouvoir d'achat" de quoi ? De nourriture, certainement pas. De vêtements, certainement pas non plus. Quand on voit les petites nanas des établissements scolaires qui, au premier rayon de soleil, sont déjà en tee-shirts, le ventre à l'air pour bien exhiber leurs piercings et le décolletté bien échancré pour bien montrer la marchandise, on est en droit de douter que leur habillement minimaliste provient d'un pouvoir d'achat en berne. Alors, force est de se dire que ce "pouvoir d'achat" concerne des produits autres. Musique, voitures, technologies, cosmétiques.... Les loisirs, en quelques sortes. Ceux qui rendent la vie un peu moins terne mais qui, dans la gamme des priorités, passent tout de même après l'essentiel.
Avoir un toit. De quoi se vêtir, se chauffer, se nourrir. Et être libre.
Nos ancêtres se révoltaient parce qu'ils crevaient de faim et de servitude. Les esclaves des îles des Caraïbes se sont révoltés pour être libres et admis au rang des hommes. Nous, nous râlons pourquoi ?
Personnellement, je préfère me passer d'écran plat et avoir des légumes dans mon assiette.
vendredi 19 décembre 2008
Quelques jours avant Noël...
Quelques nouvelles.
Je viens de passer deux vendredis après-midis à photographier les plus anciens registres de la commune de Saint-Etienne-des-Guérets, un bled qui, bien que minuscule (100 âmes au dernier recensement), m'a tout de même occupée la bagatelle de 4h30. La tâche s'est avérée plus rude que prévu dans la mesure où le temps n'a pas épargné les liasses que je me suis employée à manipuler avec les plus grandes précautions, peu désireuse que la Directrice des Archives, déjà bien gentille d'avoir accepté de me les sortir, ne me les enlève définitivement. Voici ce que ça donne :

Comment j'arrive à lire ça, moi ? Bah, bah, bah ! Fastoche !
Ne me reste plus qu'à aller photographier le reste en mairie, puis à décrypter. Mais cela attendra car je suis occupée pour le moment avec une commune voisine, Saint-Cyr-du-Gault, un tout petit peu plus importante. Là, ce n'est pas moi qui ai photographié les liasses et d'ailleurs, je peste, car l'auteur du forfait a dû soit utiliser du 1 million de pixels au maximum, soit prendre les vues en mode "éco". Résultat des courses, quand on essaie de grossir, c'est flou. Heureusement que les registres étaient en très bon état et super bien entretenus. Un exemple ? Voici :
Cet après-midi, craignant de ne pas finir avant la fermeture des Archives, j'ai mis le turbo sur la fin. Du coup, mon dos, que le kiné m'avait décoincé en tout début d'après midi, recommence à me faire mal. C'est malin.
Je ne suis pas encore en vacances, mercredi soir seulement. J'ai hâte !
J'ai appris hier l'existence d'une toute nouvelle catégorie de gens : les nolife. Il s'agit de ceux qui, probablement en mal d'occupations, passent leur temps à visiter les sites consacrés à certains artistes pour insulter lesdits artistes, leurs admirateurs, les webmasters et tout ce qui passe à leur portée. Bref, des parasites qui pourrissent la vie de tout le monde. Comme les administrateurs bannissent - heureusement - tous ces mal embouchés via les IP, les "nolife" passent en plus leur temps à se déconnecter et à se reconnecter pour changer d'IP. Me demandez pas d'explications techniques, je comprends pas grand-chose à ces trucs-là. Mais il est clair que leur vie doit être d'un vide sidérant pour perdre son temps de cette façon ! Il y a vraiment des choses qui m'échappent...
Les lycéens sont en rogne. Comme tous les ans. A Blois, ils ont cadenassé les grilles d'un des deux principaux lycées. C'est-à-dire que non seulement, ils font grève et ils manifestent, mais qu'en plus ils empêchent les autres d'aller bosser. Joli principe démocratique. Vive le libre-arbitre. Je ne sais en quoi consistait la fameuse réforme des lycées, donc je ne m'aventurerais pas sur ce terrain-là. En revanche, j'ai entendu Darcos déclarer himself hier que non seulement la réforme était repoussée mais qu'en plus, il allait tout reprendre à zéro. Et ce matin, la radio annonçait qu'il allait organiser des "états généraux" des lycées pour que tous les lycéens puissent vraiment exprimer leurs desideratas. Ce qui me semble un programme plutôt intéressant. Néanmoins, les mouvements sont maintenus. A se demander ce qu'ils manifestent exactement, si ce n'est un malaise profond dans notre société en perdition. Je ne veux surtout pas remettre en cause la sincérité des leaders et des syndicats lycéens. Cependant, j'ai, de mes années de lycée, un souvenir très net : ceux qui se distinguaient le plus dans les mouvements lycéens de cette époque étaient précisément ceux qui ne foutaient rien en classe et voyaient seulement dans ces manifs l'occasion de sécher sans se faire taper sur les doigts. Ce ne sont pas les réformes et les manifs qui font réussir à l'école, c'est le travail et le courage.
Dans la même veine, j'ai entendu quelque chose qui m'a hérissée ces jours derniers, à propos de l'élargissement des admissions aux grandes écoles pour en fonction des critères sociaux. C'est tout bonnement inadmissible. La discrimination, positive ou pas, est une vraie calamité. Car les admissions dans les grandes écoles ne se sont jamais faites en fonction du salaire des gens, mais bien en fonction du dossier scolaire des candidats. Ce qui est à mon avis le caractère de sélection le plus sain pour maintenir la qualité et le niveau d'un enseignement de cette nature. Un de mes voisins, qui avait un an de plus que moi, a fait Polytechnique et brillamment réussi ses études. Il n'était pas issu d'un milieu social élevé, seulement des classes moyennes. et élève en établissement parfaitement public Seulement voilà : d'une part, il était doué, voire surdoué, et d'autre part, il avait un excellent dossier scolaire. Encore une fois, c'est le travail et le courage qu'il faut valoriser, pas les origines sociales.
En dehors de tous ces échos rébarbatifs dont la radio nous abreuve à toute heure de la journée, j'ai chopé un virus quelconque qui m'a valu un début de semaine pas très joyeux. Mais bon, rien de méchant.
Dans une semaine, je décolle via le rail pour les plaines de l'Isère. Espérons qu'il n'y ait pas de grève d'ici là...
mercredi 10 décembre 2008
Il y a bien longtemps...
Ça date de 1906 ou 1908. Mon arrière-grand-père est l'un des quatre enfants assis devant, le second en partant de la gauche. J'ai réussi à identifier quelques personnes, mais la plupart me restent inconnues, et la qualité de la photo, qui a manifestement pris la lumière, n'arrange pas les choses. J'ai tenté de soumette mon grand-père à un interrogatoire poussé dimanche dernier à partir de photos un peu moins anciennes qui m'auraient permis de faire quelques recoupements... mais il n'a pu me dire que ce que je savais déjà... et même, je me suis rendue compte qu'il avait oublié certaines choses qu'il m'avait dites dans le passé. A 89 ans moins trois mois, il en est bien excusable. Il me faudra donc m'armer de patience et tenter de trouver un autre moyen de faire des recoupements.
samedi 4 octobre 2008
Terre
La terre, c'est une affaire sérieuse. On ne plaisante pas avec ça, même encore aujourd'hui. Avoir la terre, c'est avoir l'espace et avoir l'espace, c'est avoir le pouvoir. Surtout quand la terre est riche. Une terre riche, c'est l'assurance d'avoir un grenier plein et du pain toute l'année. Pour un lopin de terre, on ne recule devant rien (lire le roman de Zola). La terre se nourrit de la sueur et du sang des hommes (et de bien d'autres choses peu ragoûtantes).
C'est avec ces pensées au fond du crâne que je suis allée faire un tour au pays de mes ancêtres (tout au moins une partie), en ce beau jour ensoleillé et venteux. La terre, j'en viens (nous en venons tous), alors je ne vais pas cracher dessus !


Trouvailles
Après une grande chasse photographique peu fructueuse dans la cambrousse (la peste soit des fils électriques et du vent), je suis passée voir mon papy. L'une de mes tantes était là, triant les vêtements qui restent (encore...) de Mamie afin de les porter au Secours Populaire. J'ai récupéré quelques trucs pour mon autre grand-mère (deux manteaux en très bon état, des gilets, un chemisier d'été...). Puis nous avons repéré, en bas d'une armoire, un carton contenant des vieux bonnets, des écharpes, des cols de fourrure et des gants défraîchis. Et tout au fond du carton, mon attention a été vivement attirée par un éclat orange : une vieille boîte de Blédine en carton. J'ai fondu là-dessus comme un rapace sur sa proie. C'est alors qu'en la secouant, j'ai entendu que ça tintait. J'ouvre. Un lot de vieilles pièces de monnaie, la plupart des années 30, deux pièces belges des années 60 / 70 et... cinq francs en argent de 1876 ! Le pire, c'est que j'ai vu la même pièce avant-hier quand mon parrain des Sciences et des Lettres m'a apporté sa petite collection de pièces en argent. Mon grand-père m'a dit de tout garder si ça me plaisait (de toute façon, ça n'a quasiment pas de valeur), dont acte : j'adore les vieilles boîtes.
Mon problème, c'est que je voudrais bien la dater (à peu près). L'équivalent en métal date grosso modo des années 40. Celle-là, en carton, doit être postérieure. Je me demande ce que ça foutait d'ailleurs dans les affaires de l'arrière-grand-tante, elle qui n'a jamais eu d'enfant. Enfin, passons. Voici donc les portraits de mes trésors du jour.



samedi 20 septembre 2008
Souvenirs de famille
J'ai entrepris, la semaine dernière, d'écrire un bel article sur le frère d'une arrière-grand-tante mort à la fin de la guerre de 14 pour le prochain numéro de notre revue. J'avais à peu près tout ce qui me fallait sous la main, le plus dur étant de trouver une photo dudit frère adulte. En définitive, j'avais récupéré un jour chez mes grands-parents une vieille photo de mariage pâlie par le temps sur laquelle figuraient la tante et sa mère. J'avais plus ou moins subodoré que le beau et grand garçon aux côtés de la tante était son frère, mais n'en étais pas certaine... jusqu'à ce que je remarque le numéro inscrit sur le col de sa veste et qui correspond bien à son numéro de régiment. Ouf, sauvée !
Ne me restait plus qu'à entreprendre une petite virée au pays des ancêtres pour visiter le monument aux morts et le cimetière (où sont enterrés ledit frère "Mort Pour le France" et ses parents). Sur place, j'ai constaté qu'une bonne âme avait ouvert l'église en grand pour l'aérer ; j'en ai donc aussi profité pour visiter la plaque commémorative apposée près de l'autel... et constaté qu'elle comporte un nom de plus que le monuments aux morts, mystère qu'il me faudra éclaircir un de ces jours prochains.
Puis, comme il était encore tôt, j'ai décidé, sur le chemin du retour, de rendre visite à mon précieux papy. Comme il ne répondait pas aux coups de sonnette, j'ai jeté un coup d'œil dans la cour, constaté que la porte des dépendances donnant sur le jardin était grande ouverte, escaladé le portail en un tournemain... et retrouvé mon grand-père à quatre pattes dans sa serre en train d'arracher de l'herbe ! Il est incorrigible...
Il était bien content de me voir et nous avons discuté... deux heures ! Oui, deux heures. Je n'en reviens pas, il est devenu tellement bavard en une année à peine... Il faut dire qu'avant, c'était Mamie qui monopolisait la conversation et Papy qui trottait.
J'avais dans l'idée de l'interviewer sur le frère de l'arrière-grand-tante mais en suis restée pour mes frais :
"Oh, je ne sais quasiment rien de lui, la tante ne voulait pas en parler."
Et j'imagine bien qu'il ne s'est jamais avisé de la harceler de questions. Pour moi qui l'ai connue sur ses vieux jours (elle est morte en 85), la tante n'était pas quelqu'un qu'on bouscule. Chaque fois qu'on s'arrêtait (étape obligatoire sur le trajet qui nous conduisait chez nos grands-parents) chez elle, il fallait sagement rester assis sur sa banquette, ne pas bouger, ne pas parler et manger docilement les gâteaux secs qu'elle nous proposait. J'ai toujours eu horreur des gâteaux secs... Elle avait une petite chienne à moitié aveugle, dont l'un des yeux virait au vert et dont les griffes claquaient sur le lino. Elle adorait nous chiquer les mollets par derrière. Quand personne ne le regardait, mon cousin Stéphane lui décochait de bons coups de pied en douce. En un mot, la "tante" était une institution familiale incontestable.
En définitive, j'en sais plus sur son frère que mon grand-père lui-même, ayant abondamment fouiné non seulement dans les papiers de famille mais aussi aux Archives, dans la série R, celle de l'Armée. Le pauvre François n'a pas eu de bol. Blessé au coude alors qu'il était au front, il n'a jamais pu récupérer toute la validité de son bras. L'Armée l'a alors transféré vers ses services auxilliaires : il était chargé de surveiller les prisonniers de guerre allemands qui travaillaient aux Eaux et Forêts du canton de Montargis. Situation nettement plus enviable que les pauvres bougres qui servaient de chair à canon. Sauf que le pauvre François a chopé une saloperie, une grippe ou une pleurésie ou les deux à la fois. Il a été très malade, convoyé vers un hôpital où il a été (bien) soigné... Mais voilà, en ces temps là, la salubrité des hôpitaux laissait à désirer. A l'hôpital, il a contracté la tuberculose et il en est mort en février 1919, à plus de six cent bornes de chez lui. Il avait 23 ans. On peut donc comprendre que la "tante" n'ait jamais eu envie d'évoquer le souvenir douloureux de son frère unique qu'elle adorait et qui se permettait avec elle des libéralités de ton (dans ses lettres) qui me sidèrent : "Ma chère frangine, je te remercie pour ta chère binette que tu as eu l'amabilité de m'expédier..". Et il lui faisait régulièrement sentir qu'elle ne lui écrivait pas assez. Ça casse l'image de la vieille dame digne et solitaire (son mari est mort en 70, ils n'ont jamais eu d'enfant) qui me reste en mémoire.
Alors, à défaut du pauvre François, mon grand-père m'a parlé d'autres gens. De son père, d'abord. Qui a fait le Chemin des Dames et deux fois Verdun.
"Ah, tu sais, le 11 novembre, c'était quelque chose, quand j'étais petit. Et puis peu à peu, ça s'est estompé.
-Et il en parlait, ton père, de la guerre ?
-Ah non, il n'aimait pas ça. D'ailleurs, la plupart des anciens combattants n'aimait pas en parler. Et ceux qui en parlaient beaucoup... J'ai toujours pensé...
-.. qu'ils enjolivaient les faits ?
-Oui, voilà."
Au Chemin des Dames, mon arrière-grand-père avait un camarade natif de Cour-Cheverny qui est tombé sous la mitraille. Il a enveloppé son corps dans une toile de tente et l'a enterré auprès d'un arbre. Quelques années après la fin de la guerre, il est revenu avec sa famille, il a retrouvé les restes de son camarade et ils l'ont ramené au pays. Mon arrière-grand-père était fils unique, doté d'une mère extrêmement autoritaire. Il avait un tempérament si gai que tout le monde, dans son village, l'avait surnommé "Tristesse". Je ne l'ai pas connu, à mon grand regret, car il est mort en 55, asphyxié par un poêle dans sa maison. Il avait 60 ans.
Mon grand-père m'a ensuite raconté son service militaire en 40 (huit mois de camping dans les Landes). Il a failli être expédié en Algérie, mais finalement, l'Armée a renvoyé les gars chez eux.
-Et les Allemands ne t'ont jamais ramassé pour le STO ?
-Non. En campagne, les gens étaient moins harcelés. Il suffisait de se tenir tranquille.
Sa seule obligation consistait à assurer les tours de garde nocturnes auprès des poteaux télégraphiques avec, pour se défendre... un bâton !
Lorsque la guerre a été terminée, l'Armée a rappelé les gars des classes 40 / 41 / 42... Mon grand-père y a échappé car il était déjà marié et père. D'ailleurs, je le soupçonne d'avoir quelque peu hâté les choses car si je regarde bien les dates, je m'aperçois que ma tante est née... six mois après son mariage. Quant aux classes 43 et 44, elles ont été exemptées de service, je comprends un peu mieux pourquoi mon grand-père maternel ne l'a jamais fait.
Je l'ai ensuite interrogé à propos de la famille C. sur laquelle j'avais entendu de sombres histoires.
-Oh ! dit-il. Ça, c'était des règlements de compte. Le père C. l'ouvrait un peu trop. Alors les F.F.I. ont attendu qu'il soit parti garder les poteaux télégraphiques. Un soir, ils ont débarqué chez lui et ils ont tué sa femme et sa fille. Quant au fils, il était dans une autre pièce, il a entendu ce qui se passait, il a sauté par la fenêtre et il a passé la nuit dehors. Tu parles ! Sa femme et sa fille n'y étaient pour rien et le père C. n'avait rien fait d'autre que de causer...
Sombre époque. A Seillac, minuscule bled perdu dans les bois, il y avait des Résistants qui s'étaient accrochés avec les Allemands dans les bois. Comme l'occupant n'a pas réussi à les attraper (ils se sont planqués dans les bois), ils ont pris le maire (un cousin de la "tante") et ils l'ont envoyé goûter les bienfaits des camps de concentration... dont il n'est jamais revenu.
-Et le tonton Fernand ? C'est quoi l'histoire des fusils ?
Nouvelle explication. Le tonton Fernand (époux de la "tante") tenait une ferme perdue dans la cambrousse. Pendant l'exode, les gens s'y arrêtaient pour quelques jours ou quelques semaines. Il y a eu une période pendant laquelle les gens des fermes quittaient eux-mêmes leur domicile devant l'avancée de l'occupant. Le tonton Fernand et sa femme sont ainsi partis une semaine à Tours. Puis ils sont revenus et la vie a repris. Après la guerre, par un bel été, le tonton Fernand a décidé de "curer" sa fosse. Et dans la vase, il a retrouvé six fusils de chasse qu'un quidam avait jetés là pendant l'exode par mesure de sécurité. Le tonton Fernand avait son propre fusil et n'avait que faire de ceux-là. Il les a distribués (le dernier, il l'a donné des années et des années plus tard à mon père qui l'a encore). Oui, mais voilà. Un beau jour, un type, instituteur dans l'Aisne, a débarqué, réclamant son bien. Mauvais comme une teigne. L'histoire est allée jusque devant le tribunal.
-Mais, papy, qu'est-ce qu'un instituteur foutait avec six fusils de chasse ?
-Ah ça...
Il y avait aussi le tonton Raymond, l'un des frères de ma grand-mère, qui traficotait avec la Résistance. La nuit, des avions alliés faisaient du rase-mottes et larguaient des colis dans la cambrousse, sur des zones que les paysans du coin délimitaient avec des feux de camp. Le tonton Raymond récupérait des colis (des armes souvent) et les planquait dans une ferme en ruines au milieu des champs, le temps de les écouler vers la Résistance. Mes arrière-grands-parents et ma grand-mère vivaient dans la terreur que les Allemands débarquent et tuent tout le monde. C'est que plus on se rapprochait de la Loire, plus ça bardait. Mon autre grand-mère, qui vivait à l'époque aux environs de Vouvray, vivait dans une terreur permanente et se planquait dès qu'elle apercevait à l'horizon un véhicule avec des Allemands.
Dans un village, plus au nord, un Allemand qui roulait à vélo s'est fait descendre par des soi-disant Résistants qui ont planqué le cadavre dans un puits (ou un champ de luzerne, y a différentes versions).
-C'était pas malin, dit mon grand-père. Souvent, quand c'était comme ça, c'était la population qui trinquait. Et puis celui-là, tout ce qu'il avait fait, c'était de fricoter avec une fille du pays, il n'emmerdait personne.
Nous avons parlé, parlé, parlé... Jamais nous n'avons autant parlé ! Je n'en reviens toujours pas que sa mémoire soit aussi bonne et qu'elle ait stocké autant de choses. Jamais il ne cherche à se mettre en avant, c'est un homme modeste en toute chose, un homme de paix, et tout le contraire d'un foudre de guerre. Il ne fait pas partie des "héros". Il doit aussi savoir des choses pas bien jolies sur certaines personnes, mais il ne les dira jamais. Mon grand-père ne fait pas partie des acteurs. En revanche, il fait partie des témoins.





